Vous connaissez probablement vos points faibles.
Vous savez ce qui vous demande davantage d’effort. Ce que vous avez tendance à remettre à plus tard. Ce que l’on vous a reproché à l’école, au travail ou dans votre entourage. Vous avez peut-être même appris à construire votre parcours autour de ces difficultés : vous améliorer, vous adapter, compenser, devenir plus organisé, plus patient, plus affirmé, moins sensible…
Et si vous arrêtiez un instant ?
Pas pour nier ce qui vous met en difficulté. Mais pour regarder l’autre moitié de l’équation : vos talents.
Ce que vous faites avec facilité. Ce que vous comprenez rapidement. Les situations dans lesquelles vous vous sentez utile. Les qualités que les autres reconnaissent chez vous alors que vous les considérez comme normales. Les activités qui vous donnent de l’énergie plutôt que de vous en prendre.
Développer ses talents ne consiste pas à se raconter que tout est facile lorsqu’on connaît ses forces. Il s’agit plutôt de changer de point de départ.
Au lieu de demander uniquement : « Qu’est-ce que je dois corriger ? », vous pouvez aussi vous demander : « Sur quoi puis-je m’appuyer pour construire la suite ? »
Pourquoi sommes-nous si habitués à travailler nos points faibles ?
Notre rapport aux difficultés est assez particulier.
À l’école, une mauvaise note attire davantage notre attention qu’une très bonne. Dans l’entreprise, un entretien annuel peut facilement devenir un moment où l’on identifie les axes de progression. Dans une recherche d’emploi, on nous demande de présenter nos compétences, mais aussi de réfléchir à nos défauts.
Alors nous apprenons à nous observer à travers ce qui manque.
Vous êtes très créatif, mais désorganisé.
Vous comprenez vite, mais vous vous ennuyez facilement.
Vous êtes à l’écoute, mais vous avez du mal à vous imposer.
Vous avez beaucoup d’idées, mais vous manquez de constance.
Vous êtes sensible, mais vous prenez les choses trop à cœur.
À force d’entendre le « mais », il devient facile d’oublier la première partie de la phrase.
Pourtant, votre difficulté ne dit pas tout de vos capacités. Et un point faible dans un contexte donné n’est pas nécessairement un défaut dans l’absolu.
Une même caractéristique peut devenir une ressource dans certaines conditions et une source de difficulté dans d’autres.
C’est particulièrement important lorsqu’on réfléchit à son avenir professionnel. Le sujet n’est pas seulement de savoir ce que vous savez faire. Il s’agit aussi de comprendre comment vous fonctionnez, ce dont vous avez besoin et dans quel environnement vos qualités peuvent réellement s’exprimer.
L’ADN d’Oser se déployer repose précisément sur cette idée : la singularité n’est pas quelque chose qu’il faudrait systématiquement gommer. Elle peut devenir une ressource lorsqu’elle est comprise et replacée dans un contexte compatible.
Vos talents sont peut-être devenus tellement naturels que vous ne les voyez plus
C’est l’un des paradoxes des talents.
Ce qui vous vient facilement vous semble parfois banal.
Vous avez toujours su expliquer des choses complexes ? Vous supposez que tout le monde peut le faire.
Vous repérez rapidement ce qui ne fonctionne pas dans une organisation ? Vous avez peut-être simplement l’impression d’être « trop critique ».
Vous créez facilement du lien avec les autres ? Cela vous paraît tellement naturel que vous ne pensez pas à le considérer comme une compétence.
Vous avez besoin de comprendre avant d’agir ? Vous pouvez avoir appris à vous reprocher votre lenteur, alors qu’il s’agit peut-être aussi d’une capacité à analyser et à prendre du recul.
Vos talents naturels peuvent ainsi rester invisibles précisément parce qu’ils ne vous demandent pas beaucoup d’effort.
C’est pourquoi il peut être intéressant de ne pas partir uniquement de votre CV.
Votre parcours professionnel raconte ce que vous avez fait.
Il ne raconte pas toujours la manière dont vous l’avez fait.
Regardez ce qui revient dans votre parcours
Même lorsque les métiers changent, certains fils rouges persistent.
Vous avez peut-être souvent été celui ou celle à qui l’on demandait de :
- résoudre un problème ;
- expliquer quelque chose ;
- organiser un projet ;
- apaiser une tension ;
- trouver une idée ;
- accompagner un collègue ;
- structurer une situation confuse ;
- faire le lien entre plusieurs personnes ;
- transmettre une connaissance ;
- imaginer une autre façon de faire.
Ces récurrences sont précieuses.
Elles peuvent révéler des compétences, mais aussi des talents plus profonds : votre manière d’observer, de réfléchir, de créer du lien, de comprendre, de transmettre ou de faire avancer les choses.
Dans certains bilans de compétences, le travail consiste justement à relire le parcours pour faire émerger ces ressources, plutôt qu’à établir uniquement un inventaire de compétences.
Développer ses talents ne signifie pas ignorer ses difficultés
C’est une nuance importante.
Se concentrer sur ses talents ne veut pas dire adopter une vision naïvement positive de soi.
Vous pouvez avoir une grande capacité d’analyse et rencontrer des difficultés à prendre une décision.
Vous pouvez être très empathique et avoir besoin d’apprendre à poser des limites.
Vous pouvez être créatif et avoir besoin de structurer davantage votre organisation.
Vous pouvez avoir une grande facilité relationnelle tout en étant épuisé par certains environnements sociaux.
Reconnaître une force ne fait pas disparaître automatiquement ce qui est difficile.
Mais cela change la manière de travailler dessus.
Au lieu de vous demander :
« Comment faire pour ne plus avoir cette difficulté ? »
vous pouvez parfois chercher :
« Comment m’appuyer sur mes ressources pour mieux composer avec cette difficulté ? »
Ce changement paraît subtil.
Il peut pourtant modifier profondément le rapport que vous entretenez avec vous-même.
Vous ne cherchez plus à devenir quelqu’un d’autre.
Vous cherchez à mieux fonctionner avec ce que vous êtes déjà.
Vos talents ont besoin d’un contexte pour devenir des ressources
Un talent n’existe jamais complètement indépendamment de son environnement.
Prenons une capacité d’analyse importante.
Dans un poste qui laisse du temps pour comprendre des situations complexes, elle peut être précieuse.
Dans un environnement où il faut enchaîner les décisions rapides sans possibilité de prendre du recul, elle peut devenir fatigante.
Même chose pour la créativité.
Elle peut être un véritable atout dans une équipe qui accueille les idées nouvelles. Elle peut devenir frustrante dans une organisation où les procédures ne peuvent jamais être questionnées.
Ou encore pour la sensibilité.
Elle peut permettre de percevoir finement les besoins d’un client, les tensions d’une équipe ou les incohérences d’une situation. Elle peut aussi rendre certains environnements particulièrement coûteux lorsqu’ils sont marqués par des tensions permanentes.
Le talent n’est donc pas une étiquette qui vous garantit de réussir.
Il devient une ressource dans certaines conditions.
C’est pour cette raison que réfléchir à son avenir professionnel uniquement en termes de métiers peut être trop restrictif.
Le même métier peut être vécu très différemment selon le management, l’autonomie, le rythme, les relations, le niveau de stimulation ou encore le sens donné aux missions.
La bonne question n’est donc pas seulement :
« Quel métier correspond à mes talents ? »
Elle peut aussi être :
« Dans quelles conditions mes talents peuvent-ils réellement s’exprimer ? »
Et si vos « défauts » étaient parfois l’envers de vos talents ?
Cette question mérite d’être explorée avec prudence.
Il ne s’agit pas de transformer chaque difficulté en « super-pouvoir ». Ce serait simplement remplacer une injonction par une autre.
Mais certaines caractéristiques peuvent effectivement avoir plusieurs facettes.
Être très curieux peut donner l’impression de se disperser lorsque l’environnement ne permet pas d’explorer. Cette curiosité peut aussi devenir une capacité à apprendre rapidement et à faire des liens.
Être exigeant peut épuiser lorsqu’il conduit à rechercher constamment la perfection. Cette exigence peut aussi soutenir la qualité du travail et le sens du détail.
Être très sensible aux incohérences peut générer de l’agacement. Cette même attention peut permettre d’identifier des problèmes que d’autres ne voient pas.
Avoir beaucoup d’idées peut compliquer la priorisation. Cela peut également nourrir l’innovation et l’exploration de nouvelles pistes.
Le sujet n’est donc pas de déclarer :
« Mon défaut est en réalité une force. »
Le sujet est plutôt de comprendre :
« Dans quelles situations cette caractéristique m’aide-t-elle ? Dans lesquelles me coûte-t-elle ? De quoi ai-je besoin pour qu’elle reste une ressource ? »
Cette troisième question est souvent la plus intéressante.
Les talents donnent aussi des informations sur ce qui vous met en mouvement
Vos talents ne disent pas seulement ce que vous savez faire.
Ils peuvent aussi vous renseigner sur ce qui vous nourrit.
Si vous aimez profondément expliquer, transmettre et rendre les choses compréhensibles, il est peut-être intéressant d’observer ce que vous ressentez lorsque votre travail vous prive de toute possibilité de transmission.
Si vous aimez résoudre des problèmes complexes, un poste composé principalement de tâches répétitives risque de vous demander un effort particulier.
Si vous aimez créer du lien, un environnement très isolé peut ne pas répondre à vos besoins.
Si vous avez besoin de comprendre l’utilité de votre travail, une organisation où les décisions semblent déconnectées de leurs conséquences peut progressivement vous démobiliser.
Ce ne sont pas des règles universelles.
Mais ce sont de bonnes pistes d’observation.
Dans l’approche d’Oser se déployer, les besoins, les valeurs, les talents et l’environnement professionnel sont justement explorés ensemble. Le bilan de compétences ne se limite pas au choix d’un métier : il peut aussi aider à identifier les conditions dans lesquelles une personne peut contribuer sans s’épuiser.
Comment commencer à identifier vos talents ?
Vous n’avez pas besoin de refaire toute votre carrière pour commencer.
Prenez quelques expériences professionnelles, associatives, personnelles ou de formation qui vous ont particulièrement donné le sentiment d’être à votre place.
Puis observez.
Qu’est-ce que vous faisiez facilement ?
Pas nécessairement ce qui était facile techniquement.
Ce qui semblait naturel dans votre manière d’agir.
Comprendre ? Organiser ? Écouter ? Créer ? Convaincre ? Analyser ? Transmettre ? Relier ? Décider ? Imaginer ? Apaiser ? Résoudre ?
Pour quoi les autres viennent-ils spontanément vers vous ?
Cette question est souvent très révélatrice.
Ils vous demandent peut-être de relire un document, de les aider à clarifier une situation, de trouver une solution, de gérer une conversation délicate ou simplement de réfléchir avec eux.
Ce que les autres reconnaissent chez vous peut compléter votre propre perception.
Quand oubliez-vous presque de regarder l’heure ?
Pas uniquement pendant vos loisirs.
Une mission professionnelle peut aussi vous absorber parce qu’elle mobilise votre manière naturelle de fonctionner.
Qu’est-ce qui vous donne de l’énergie ?
Et à l’inverse, quelles tâches vous vident-elles systématiquement ?
Cette comparaison peut révéler autant vos talents que vos besoins.
Qu’avez-vous appris à considérer comme « normal » chez vous ?
C’est parfois là que se cachent les ressources les moins visibles.
Vous pensez peut-être que votre capacité à faire des liens est banale.
Ou que votre facilité à comprendre rapidement un sujet n’a rien de particulier.
Ou encore que votre attention aux autres ne constitue pas une compétence professionnelle.
Elle peut pourtant avoir une réelle valeur selon le contexte.
Ne cherchez pas le métier parfait. Cherchez un terrain où vos talents peuvent vivre
Il existe une tentation lorsqu’on commence à identifier ses forces : chercher immédiatement le métier idéal.
« Je suis créatif, quel métier dois-je faire ? »
« Je suis empathique, quel métier me correspond ? »
« J’aime analyser, vers quelle profession dois-je me tourner ? »
Le problème, c’est qu’un talent peut s’exprimer dans une multitude de métiers.
Et inversement, un métier qui semble parfaitement correspondre sur le papier peut devenir inconfortable dans certaines conditions.
Une trajectoire professionnelle se construit donc aussi autour du rôle, de l’environnement, du niveau d’autonomie, des relations, du rythme, des contraintes et de la contribution recherchée.
C’est une raison pour laquelle une reconversion complète n’est pas toujours nécessaire.
Parfois, le bon changement consiste à rejoindre une autre organisation.
Ou à modifier son rôle.
Ou à retrouver davantage d’autonomie.
Ou à travailler différemment.
Ou à quitter un environnement qui ne permet plus à ses ressources de s’exprimer.
L’ADN d’Oser se déployer insiste sur ce point : il ne s’agit pas de demander à la personne de s’adapter indéfiniment au travail. Le travail peut aussi être questionné à partir de ses besoins.
Votre objectif n’est pas de devenir meilleur partout
Peut-être est-ce finalement cela qu’il faut remettre en question.
Cette idée qu’une bonne évolution professionnelle consisterait à devenir une version améliorée de soi-même sur tous les plans.
Plus organisé.e
Plus sûr.e de soi.
Plus résistant.e au stress.
Plus performant.e
Plus adaptable.
Plus à l’aise avec les contraintes.
Toujours plus.
Mais à quel moment cette logique devient-elle épuisante ?
Vous n’avez pas nécessairement besoin de transformer chaque fragilité en compétence.
Certaines difficultés méritent d’être travaillées. D’autres peuvent être compensées par des outils, une organisation, un collectif ou un environnement différent.
Et certaines ne seront peut-être jamais vos points forts.
Ce n’est pas grave.
Une trajectoire professionnelle cohérente ne demande pas de devenir excellent partout.
Elle demande aussi de savoir sur quelles ressources vous pouvez réellement vous appuyer.
C’est là que développer ses talents prend tout son sens.
Et si vous commenciez par regarder ce qui fonctionne déjà ?
La prochaine fois que vous vous surprenez à penser :
« Il faut vraiment que je travaille là-dessus… »
ajoutez simplement une deuxième question :
« Et sur quoi puis-je m’appuyer ? »
Puis observez.
Qu’est-ce qui fonctionne déjà chez vous ?
Qu’est-ce qui vous vient naturellement ?
Qu’est-ce qui vous met en mouvement ?
Quelles qualités les autres reconnaissent-ils ?
Dans quel environnement ces qualités deviennent-elles utiles ?
Et surtout : qu’est-ce que ces réponses vous apprennent sur la place professionnelle qui pourrait vous convenir ?
Ce changement de regard ne dispense pas de travailler sur ses difficultés. Il permet simplement de ne plus leur donner toute la place.
Vos talents ne sont pas une décoration autour de votre parcours.
Ils peuvent constituer un véritable point d’appui pour comprendre ce que vous cherchez, ce dont vous avez besoin et la manière dont vous pouvez contribuer.
Dans un accompagnement professionnel, c’est aussi ce que l’on peut venir explorer : non pas seulement « quel métier choisir ? », mais comment construire une trajectoire qui s’appuie sur vos ressources sans nier vos besoins et vos limites.
Vous n’avez peut-être pas besoin de devenir quelqu’un de plus performant.
Vous avez peut-être d’abord besoin de mieux voir ce que vous savez déjà faire naturellement — et de chercher les conditions dans lesquelles cela peut réellement avoir sa place.