L’objectif d’Anna* révélé par un bilan de compétences haut potentiel : S’épanouir professionnellement au pays basque quand on est atypique

Comment une femme neuroatypique a trouvé sa voie dans une ferme bio au Pays Basque

Un sentiment de décalage persistant

Anna a toujours su qu’elle était différente. Enfant déjà, son esprit vagabondait pendant les cours, captivé par les motifs que formaient les gouttes de pluie sur les vitres de la classe ou par les jeux de lumière traversant les feuillages dans la cour de récréation. Ses cahiers se remplissaient de dessins et de notes désordonnées, tandis que ses professeurs répétaient inlassablement qu’elle avait « du potentiel » mais qu’elle devait « se concentrer davantage ».

À 43 ans, installée dans un petit village du Pays Basque à quelques kilomètres de Biarritz et Bayonne, Anna a parcouru un long chemin semé d’embûches avant de trouver un équilibre professionnel. Son bureau actuel n’a rien de conventionnel : il s’agit d’une parcelle de terre fertile au sein d’une ferme bio, où elle travaille depuis maintenant trois ans.

« Avant d’arriver ici, j’ai connu une succession d’emplois qui m’ont tous, à leur manière, épuisée psychologiquement », raconte Anna, tout en manipulant délicatement de jeunes plants de tomates anciennes. « Je ne comprenais pas pourquoi je me sentais systématiquement en décalage, comme si j’essayais constamment de rentrer dans un moule qui n’était pas fait pour moi. »

Un parcours professionnel chaotique

Le CV d’Anna ressemble à une mosaïque d’expériences disparates. Diplômée en communication, elle a d’abord travaillé dans une agence de publicité parisienne. L’environnement bruyant, les open spaces sans intimité et le rythme effréné des deadlines l’ont rapidement menée au bord du burn-out. « Les lumières fluorescentes me donnaient des migraines, les conversations croisées m’empêchaient de me concentrer, et je me sentais constamment jugée pour ma façon atypique d’aborder les projets », se souvient-elle.

Elle a ensuite essayé le freelance, pensant que l’autonomie lui conviendrait mieux. Mais la gestion administrative, la prospection commerciale et l’isolement social ont créé d’autres types de difficultés. Puis est venue une période dans l’enseignement, suivie d’un poste dans une bibliothèque municipale, et même une tentative entrepreneuriale dans l’artisanat. Chaque expérience commençait avec enthousiasme et se terminait par un sentiment d’échec et d’incompréhension.

« À 38 ans, j’étais épuisée. Je me demandais pourquoi je n’arrivais pas à m’adapter comme les autres. Cette sensation de perpétuel décalage me rongeait », confie Anna. « J’avais l’impression d’être une imposture, de devoir constamment porter un masque pour paraître ‘normale’ aux yeux des autres. »

La révélation : comprendre sa neuroatypie

Le tournant dans la vie d’Anna est survenu presque par hasard. Lors d’une consultation chez un psychologue pour son anxiété chronique, celui-ci a évoqué la possibilité qu’elle soit neuroatypique, plus précisément qu’elle présente un profil TDAH (Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité) combiné à des traits du spectre autistique.

« Ça a été comme si quelqu’un allumait soudainement la lumière dans une pièce obscure où j’avais tâtonné toute ma vie », explique Anna. « J’ai dévoré des livres sur le sujet, rejoint des groupes de discussion en ligne, et finalement obtenu un diagnostic officiel. Comprendre que mon cerveau fonctionnait différemment, que ce n’était pas un défaut mais une différence, a été libérateur. »

Cette prise de conscience a déclenché chez Anna un processus de réflexion profonde sur ses besoins professionnels réels. Elle a réalisé que ses difficultés n’étaient pas dues à un manque de compétences ou de volonté, mais à une inadéquation entre ses spécificités neurologiques et les environnements de travail traditionnels.

L’accompagnement qui a tout changé

C’est à ce moment crucial qu’Anna a entamé un bilan de compétences approfondi, destiné aux personnes qui se sentent en décalage au travail . « Cela m’a aidé à identifier mes forces plutôt que de me focaliser sur mes faiblesses », raconte Anna. « Pour la première fois, quelqu’un validait mes besoins spécifiques et m’aidait à construire un projet professionnel en harmonie avec mon fonctionnement. »

Durant six mois, Anna a effectué un bilan de compétences exigeant, adapté à son fonctionnement singulier. Ce travail lui a permis d’identifier plusieurs éléments essentiels :

  • Sa sensibilité sensorielle exacerbée, souvent perçue comme un handicap, constituait un atout dans des contextes nécessitant une observation fine de l’environnement
  • Son besoin de varier les tâches et les stimulations n’était pas un signe d’instabilité mais une nécessité pour maintenir son engagement
  • Sa créativité et sa pensée en arborescence lui permettaient de trouver des solutions originales à des problèmes complexes
  • Son hypersensibilité à la nature et aux cycles naturels pouvait devenir une force dans certains contextes professionnels

« J’ai appris à accepter mon fonctionnement et à rechercher un environnement qui me permettrait d’exploiter mes forces plutôt que de lutter constamment contre mes particularités », explique Anna.

La reconversion vers l’agriculture biologique

L’idée de travailler dans une ferme agricole biologique est née progressivement. Anna avait toujours ressenti un apaisement profond au contact de la nature. Son hypersensibilité, si difficile à gérer dans un bureau bruyant, devenait un atout dans un environnement naturel.

« Dans notre structure, ma capacité à détecter de subtils changements dans les plantes est précieuse. Je peux repérer des signes de stress hydrique ou des débuts d’infestation avant qu’ils ne soient visibles pour d’autres », explique-t-elle avec un sourire. « Et puis, l’agriculture biologique implique une compréhension systémique des équilibres naturels, ce qui correspond parfaitement à ma façon de penser en réseaux interconnectés. »

La transition n’a pas été simple. Anna a d’abord suivi une formation en maraîchage biologique, puis effectué des stages dans différentes structures avant de rejoindre son employeur actuel. Elle a dû apprendre à travailler avec son corps, à respecter son rythme et à communiquer ses besoins à ses nouveaux collègues.

« J’ai été transparente dès le début sur ma neuroatypie », raconte Anna. « J’ai expliqué que j’avais besoin de porter des écouteurs anti-bruit pendant certaines tâches, que j’étais plus efficace en travaillant par périodes intensives suivies de courtes pauses, et que j’avais parfois besoin de m’isoler quand la stimulation sociale devenait trop intense. »

L’adaptation de l’environnement et des pratiques

Au fil du temps, Anna a développé des stratégies d’adaptation qui lui permettent d’exprimer pleinement son potentiel. Elle a aménagé son espace de travail et sa routine pour minimiser les facteurs de stress et maximiser sa productivité.

« J’ai un carnet où je note systématiquement les tâches à accomplir, car ma mémoire de travail est parfois défaillante », explique-t-elle. « J’utilise un système de codes couleurs pour organiser les semis et les plantations. J’ai aussi négocié d’avoir des journées spécifiques dédiées au contact avec les clients, ce qui me permet de préserver mon énergie sociale. »

La ferme a également adapté certaines de ses pratiques pour accommoder les besoins d’Anna et d’autres membres aux profils atypiques :

  • Les réunions sont structurées avec un ordre du jour précis et une durée limitée
  • Les informations importantes sont transmises à la fois oralement et par écrit
  • Des espaces calmes sont disponibles pour se ressourcer en cas de surcharge sensorielle
  • La planification des tâches offre une visibilité à long terme tout en préservant une flexibilité quotidienne

L’épanouissement au-delà du travail

La transformation professionnelle d’Anna a eu des répercussions positives sur l’ensemble de sa vie. « Avant, j’arrivais à la maison vidée, irritable, avec l’impression d’avoir joué un rôle toute la journée », se souvient-elle. « Maintenant, même si je suis physiquement fatiguée, je ressens une satisfaction profonde et une cohérence entre qui je suis et ce que je fais. »

Cette harmonie lui a permis de développer une vie sociale plus épanouissante et des loisirs qui nourrissent sa créativité. Elle a notamment créé un petit jardin expérimental chez elle, où elle teste des associations de plantes inhabituelles et des techniques de culture innovantes.

« Je ne me sens plus obligée de me conformer à des attentes sociales qui ne me correspondent pas », affirme Anna. « J’ai trouvé mon rythme, mes espaces, et surtout des personnes qui m’acceptent telle que je suis. »

Les défis qui persistent

Malgré ce parcours inspirant, Anna ne cache pas que certains défis persistent. « Je dois rester vigilante face au risque d’épuisement, car mon enthousiasme peut parfois me faire oublier mes limites », admet-elle. « La régulation de mon système nerveux reste un travail quotidien. »

Les variations saisonnières de l’activité agricole peuvent aussi être déstabilisantes. « Les périodes de rush, comme les récoltes estivales, restent éprouvantes pour moi. J’ai dû apprendre à anticiper ces moments et à mettre en place des stratégies préventives », explique Anna.

La dimension administrative de l’activité demeure également complexe à gérer. « Heureusement, au sein de la structure, nous avons réparti les tâches selon les compétences de chacun. Je m’occupe très peu de paperasse, ce qui me permet de rester concentrée sur ce que je fais le mieux », sourit-elle.

Un message d’espoir pour les personnes atypiques

Quand on lui demande quel conseil elle donnerait à des personnes en souffrance professionnelle, Anna répond sans hésiter : « N’essayez pas de vous adapter à un environnement qui vous épuise. Cherchez plutôt à comprendre vos besoins spécifiques et à trouver ou créer un contexte qui vous permette d’exprimer vos forces. »

Elle insiste sur l’importance d’un accompagnement adapté. « Travailler avec quelqu’un qui comprend la neuroatypie fait toute la différence. Ce n’est pas un luxe, c’est un investissement fondamental pour votre bien-être et votre avenir professionnel. »

« Je ne me considère plus comme inadaptée au monde du travail », conclut Anna avec détermination. « J’ai simplement compris que je devais créer mes propres conditions de réussite, et surtout, oser me déployer pleinement, avec mes différences et mes talents uniques. »

* Par souci de confidentialité, de nombreux éléments de ce témoignage ont été modifiés

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